LIBRE OPINION


Joseph Kabila et le 25 février

 

Kinshasa,  mars 2010

Une pétition a été initiée par une ONG de défense de la liberté de presse avec pour objet le rétablissement, en RDC, du signal de Radio France Internationale en fréquence moyenne. Les pétitionnaires évoquent l’article 26 de la Constitution, lequel dispose, citation : «Tout Congolais a le droit d’adresser individuellement ou collectivement une pétition à l’autorité publique qui y répond dans les trois mois. Nul ne peut faire l’objet d’incrimination, sous quelque forme que ce soit, pour avoir pris pareille initiative ». Fin de citation.
Conséquence logique : personne de sensé de ne peut faire à cette ONG le reproche d’avoir entrepris cette démarche.
Le lundi 1er mars dernier, sur le plateau de la Rtnc, quatre journalistes en ont du reste débattu. L’opinion avertie a constaté que deux ont fait valoir le primat de l’intérêt national sur la liberté de presse et deux ont quasiment soutenu l’inverse, au point d’évoquer le devoir de solidarité entre professionnels des médias.
Au cours de cette prestation, le pétitionnaire principal a bien prévenu les téléspectateurs : le document sera envoyé à l’autorité publique nommée Président de la République. Il attend de lui le geste fort dans le sens de «libérez l’info…ouvrez Rfi » !
Ainsi, il tente d’impliquer le Chef de l’Etat dans sa démarche alors qu’il a personnellement admis, dans l’une des réponses, n’avoir jamais pris connaissance du contenu du contrat liant Rfi à la RDC !
Nous voici, dès lors, dans un schéma où une ONG entend se passer d’un ministre, d’un Premier ministre et de tout son gouvernement sous prétexte d’avoir, auprès du Président de la République, plus de chance de faire aboutir son initiative !
La question essentielle est de savoir pourquoi veut-on entraîner le Chef de l’Etat dans une affaire qui, aux termes de la Constitution, relève plutôt du Gouvernement. Après tout, c’est avec l’institution Gouvernement que Rfi est en contrat.
C’est vrai que le Président de la République, au regard de l’article 69 de cette Constitution, est le Chef de l’Etat. Partant, il représente la nation ; il est le symbole de l’unité nationale, il veille au respect de la Constitution et il assure par son arbitrage le fonctionnement des pouvoirs publics et des institutions ainsi que la continuité de l’Etat. Mais, il est surtout vrai qu’à ce titre, il est le garant autant de l’indépendance nationale et de l’intégrité du territoire que de la souveraineté nationale et du respect des traités et accords internationaux.
Partant, il est appelé à faire respecter les libertés fondamentales - dont la liberté d’expression, la liberté d’opinion, la liberté de presse, cela partant du droit à l’information – en même temps que toutes les autres dispositions constitutionnelles relatives aux obligations et aux droits de l’Etat, des citoyens congolais et des ressortissants étrangers résidant ou de passage en RDC.
L’article 52, par exemple, dispose que « Tous les Congolais ont droit à la paix et à la sécurité, tant sur le plan national qu’international. Aucun individu ou groupe d’individus ne peut utiliser une portion du territoire national comme base de départ d’activités subversives ou terroristes contre l’Etat congolais ou tout autre Etat ». L’article 63 ajoute : « Tout Congolais a le droit et le devoir sacré de défendre le pays et son intégrité territoriale face à une menace ou à une agression extérieure… ». Tandis que l’article 64 renchérit : « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’Etat. Elle est punie conformément à la loi ».
Ces trois articles démontrent que les guerres de l’Est (peu importe qu’elles soient menées par des groupes armés congolais ou étrangers) menacent la paix en RDC avec toutes les conséquences qui se devinent. Ces guerres sont de nature à liquider les acquis du Dialogue intercongolais, en tête desquels le processus démocratique issu cette fois des urnes.
Qu’on ne le perde alors pas de vue : l’armée (que certains médias démoralisent en temps de guerre) et l’Etat (que d’autres médias, sinon les mêmes, déstabilisent dans le même contexte) ont pour chef et garant le Président de la République !
On ne peut pas ne pas s’inquiéter de ce que diraient les adversaires et ennemis si jamais le Président Joseph Kabila venait à suivre la voix et la voie des pétitionnaires dont les prises de position, favorables aux ONG anti-congolaises, sont de notoriété publique.
En toute logique, Gouvernement et dirigeants de Rfi doivent se retrouver pour gérer en toute responsabilité la problématique du rétablissement du signal de ce média en ondes courtes.
Moralité : les pétitionnaires feraient œuvre utile en aidant les deux parties à renégocier, et non en amenant Président de la République à se substituer à l’équipe gouvernementale, c’est-à-dire à violer la même Constitution.
Le 26 mars 2007, au cours de son premier point de presse en tant que Président élu, Joseph Kabila avait dissuadé les journalistes de faire de lui un dictateur. Trois ans après, force est de constater qu’une ONG congolaise de défense de la liberté de presse tente de lui en faire la suggestion !
Renversant…


Omer Nsongo die Lema
omersong@yahoo.fr