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La Presse présidentielle est en droit de s’estimer heureuse pour avoir recueilli de l’Euro-député Louis Michel, le mercredi 3 février 2010, une interview qui fera date dans l’histoire des relations bilatérales RDC-Belgique, en plus des relations RDC-Union européenne, même s’il n’a pas formellement engagé son pays. C’était au Palais de la Nation, à l’issue de l’audience accordée par le Président Kabila à l’ancien Vice-premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères, ancien commissaire européen à l’Aide au développement.
A la question de savoir s’il a un message pour le peuple congolais, voici exactement la réponse qu’il a donnée : « Continuez à croire à votre développement, continuez à croire dans votre potentiel, soyez sûrs de vous, soyez solidaires entre vous. N’attendez pas tout des autres. Ça, je sais bien que, parfois, c’est une erreur. La communauté internationale peut faire énormément de choses ; l’Union européenne fait énormément de choses, tellement de choses. Mais, la pacification, c’est vous qui devez la faire. Lutter contre les injustices, contre les crimes, contre les exactions de toutes sortes, c’est vous autres qui allez le faire. Lutter contre l’impunité, c’est vous autres qui allez le faire. Faire prospérer votre pays, faire jaillir du sol de l’énergie vitale, des petites entreprises, des initiatives, c’est vous autres qui allez faire tout ça. Nous entendons mettre à votre disposition des idées, mais croyez en vous-mêmes. Faites-le vous-même ; ne croyez pas que les autres vont le faire à votre place ».
La phrase clé est la deuxième : « N’attendez pas tout des autres » !
En d’autres termes, Louis Michel – président de la Commission Union européenne/Afrique-Caraïbes-Pacifique – reconnaît à la RDC, pays Acp, le droit de compter d’abord sur elle-même pour résoudre ses problèmes, notamment aux plans politique, économique et social.
Au nombre des problèmes politiques – dont la sécurité – il y a la pacification. Concrètement, l’Union européenne ne s’oppose pas au rapprochement diplomatique RDC-Rwanda et RDC-Ouganda consécutif aux opérations militaires combinées « Fardc/Rdf » (Umoja Wetu) et « Fardc/Updf » (Coup de tonnerre) contre les Fdlr et la Lra. Elle donne sa caution aux opérations « Kimia II » et « Amani Leo ».
Dans la foulée, on peut citer la réforme de la Justice, de l’Armée, de la Police et des Services de sécurité.
Au nombre des problèmes socioéconomiques, il y a la relance de la production nationale escomptée des « 5 Chantiers ». Implicitement ou explicitement, l’Union européenne ne s’oppose pas au partenariat avec la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud etc.
C’est à Kinshasa de capitaliser ces dividendes.
Louis Michel s’offre déjà en porte-parole de Kinshasa auprès du Parlement et du Gouvernement européens. « J’ai envie d’aller expliquer au parlement et aux commissaires que je vais rencontrer, j’ai envie de dire aux ministres des Affaires étrangères que je rencontrerai, j’ai envie de leur dire que je reviens d’un pays dans lequel il y a encore beaucoup de malheurs, mais d’un pays qui sort progressivement de ses malheurs. Il faudra encore du temps. Il faudra encore des années d’efforts. Il y aura encore des gens qui diront que ça ne va pas vite, mais je reviens d’un pays où les couleurs reprennent », a-t-il dit.
Moralité : la balle est (comme) renvoyée dans le camp de la RDC.
A ce propos, d’ailleurs, Louis Michel a relevé quelque chose d’important au cours de son entretien avec le Chef de l’Etat. « Il m’a surtout révélé une des choses qui les avait surprises, en tant qu’autorités congolaises. Elles avaient peut-être attendu trop de ce que la Communauté internationale pouvait leur donner », a-t-il déclaré.
Il est intéressant, pour l’opinion avertie, de se souvenir d’une recommandation qui revient comme un leitmotiv dans la plupart des discours de Joseph Kabila : la prise en charge, par les Congolais, du développement national ; les partenaires extérieurs ne venant qu’en appoint. « Plutôt que de fonder notre avenir sur la doctrine de l’aide et de l’assistance, nous devons donc apprendre à compter d’abord sur nos propres efforts », a-t-il déclaré le 6 décembre 2007.
Qu’après deux ans et demi, Louis Michel vienne nous rappeler l’impératif de l’autoprise en charge, prônée autrefois par Laurent-Désiré Kabila, c’est comme s’il nous disait, de façon aussi claire que nette : « Congolais, prenez-vous en charge ».
En cette année jubilaire du Cinquantenaire, c’est à croire qu’il nous recommande de nous réapproprier effectivement l’Indépendance véritable comprenant le politique, l’économique et le socioculturel.
C’est, pourtant, ce que s’évertue à nous exhorter Joseph Kabila Kabange depuis 9 ans.
La diversification des partenaires extérieurs s’insère dans ce contexte.
Omer Nsongo (omersong@yahoo.fr) |