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Les
Présidents Nicolas Sarkozy et Joseph Kabila à l'Elysée. juillet
2008
Les propos tenus par le Président
français Nicolas Sarkozy le 16 janvier 2009 à l’Elysée, devant
le corps diplomatique à l’occasion de la traditionnelle
cérémonie d’échange de vœux, ont été douloureusement interprétés
à Kinshasa par la presse congolaise, toutes tendances
confondues, par les officiels et par l’opinion. Les congolais
ont été scandalisés d’entendre les propos du Président Sarkozy
tels que rapportés par la presse.
Désemparés, désorientés, les Congolais qui ont du mal à
comprendre tels propos d’un dirigeant d’un pays ami, ont dit
qu’aucun ancien régime à Kigali n’a eu pareille idée visant au
partage des richesses du Congo avec le Rwanda « démuni ».
Au cours du point de presse du Président de la République au
Palais de la Nation le 30 janvier dernier, la presse kinoise est
revenue à la charge. Le Chef de l’Etat Joseph Kabila qui n’a pas
du tout voulu polémiquer sur le sujet a dit aux journalistes
d’attendre l’arrivée du Président Sarkozy qui viendra en visite
officielle à Kinshasa au mois de mars et de poser la question à
l’intéressé.
Le Président de la République a toutes fois dit qu’il n y a pas
de richesses communes à se partager avec le Rwanda. Il y a juste
du gaz méthane sur le lac Kivu que le Rwanda a déjà commencé à
exploiter.
Les principaux journaux de Kinshasa (Le Potentiel, Le Phare,
L’Avenir, L’Observateur et la Tempête des Tropiques), décidés à
en savoir un peu plus n’ont pas attendu l’arrivée de Sarkozy à
Kinshasa pour dissiper les zones d’ombres. Et ce mardi 17
février 2009, ces cinq journaux ont publié une interview
exclusive que leur a accordée le Président Sarkozy.
Le Figaro, un journal de la droite française, dans son édition
de ce mardi 17 février 2009, a aussi repris cette interview en
titrant : « Paris de veut pas démembrer la RDC ».
Nous vous proposons, ci-dessous, le texte intégral de cette
interview.
Kudura Kasongo Mwana Luaba
Porte-parole du Chef de l’Etat

Nicolas Sarkozy: « La France restera toujours un allié fidèle de
la RDC »
17 février 2009

Grâce
aux bons offices de l’Ambassade de France à Kinshasa, le
président français Nicolas Sarkozy a accordé une interview
exclusive à cinq journaux congolais, en l’occurrence Le
Potentiel, Le Phare, L’Avenir, L’Observateur et La Tempête des
Tropiques. Au centre, le discours que le chef de l’Etat français
avait prononcé, le 16 janvier 2008 à l’Elysée, devant le Corps
diplomatique à l’occasion d’une cérémonie d’échange de vœux.
Réponses du président Nicolas Sarkozy aux questions qui lui ont
été posées par les cinq journalistes congolais.
M. Le Président, certains passages du discours que vous avez
prononcé le 16 janvier, à l’occasion des vœux au Corps
diplomatique, ont soulevé une vive polémique à Kinshasa. L’élite
et la population congolaises souhaitent connaître le sens que
vous donnez aux trois expressions suivantes : « Cela met en
cause la place, la question de l’avenir du Rwanda avec lequel la
France a repris son dialogue, pays à la démographie dynamique et
à la superficie petite. Cela pose la question de la République
démocratique du Congo, pays à la superficie immense et à
l’organisation étrange des richesses frontalières » ; « Il
faudra bien qu’à un moment ou à un autre, il y ait un dialogue
qui ne soit pas simplement un dialogue conjoncturel mais un
dialogue structurel » ; « Comment, dans cette région du monde,
on partage l’espace, on partage les richesses ».
La France a toujours été, et elle restera toujours un allié
fidèle de la RDC. Elle l’a été au long des années de la
transition ; elle l’a été chaque fois que l’unité du Congo a été
menacée. Elle cherche à aider le Congo à sortir de
l’instabilité, à retrouver la paix et la stabilité. Je constate
une chose : aujourd’hui, en dépit de tous les efforts accomplis,
la paix ne s’est pas encore imposée au Congo et dans la région.
Et les victimes, ce sont toujours les civils innocents des
provinces orientales du Congo. Ces souffrances doivent cesser.
Tous les Congolais ont droit à la paix et à la stabilité. La RDC
a besoin de se développer – à l’Est comme dans toutes les
provinces du pays –, de faire fructifier les richesses qui lui
appartiennent, de prendre son avenir en main plutôt que de subir
des guerres injustes et injustifiables. Le temps est venu de
tourner la page de ces quinze dernières années. Alors je
m’interroge : faut-il faire plus ? Faut-il faire mieux ? Faut-il
faire autrement ?
Les polémiques n’ont pas lieu d’être et les procès qui nous sont
faits sont sans fondement. Je voudrais souligner quelques idées
simples. Il y a des principes sacrés : la souveraineté de la RDC,
le respect de son intégrité territoriale, l’intangibilité de ses
frontières. La France s’est toujours battue pour ces principes.
Ce n’est pas avec moi que cela changera. Il y aussi une évidence
: la RDC, c’est le cœur-même de l’Afrique, autour duquel le
continent s’articule. Ses richesses potentielles sont immenses
et pourtant, les Congolais n’en profitent pas, ou pas assez. Je
suis désolé de vous le dire, mais quelque chose ne tourne pas
rond !
Ma conviction, c’est que le retour de la paix doit s’accompagner
d’un dialogue de fond. Regardez ce que nous avons fait en Europe
: nous avons surmonté nos déchirures et nos divisions, surmonté
les blessures si profondes de trois guerres entre la France et
l’Allemagne en particulier, pour construire, à partir de projets
concrets et dans le strict respect des Nations qui la composent,
une Europe de paix et de prospérité. Bien sûr cela nous a pris
du temps. Mais cela nous a permis la reconstruction ; cela nous
a apporté une prospérité sans égal et l’essor de nos économies ;
cela nous a apporté aussi la stabilité et la paix. Alors, au nom
de quoi les pays autour des Grands Lacs seraient-ils condamnés à
la répétition des guerres et au malheur ? Ne peuvent-ils
surmonter cette fatalité que, pour ma part, je refuse ? Je veux
croire en l’avenir.
L’intérêt des Congolais et des pays de la région, c’est de
susciter des projets qui fédèrent plutôt que subir des appétits
qui divisent, de couper à leur racine les causes de la rivalité,
de la désunion et du malheur. Des institutions existent déjà,
comme la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs. Alors
il faudrait la revivifier, et peut-être même aller plus loin.
C’est dans cet esprit que je voudrais lancer quelques idées :
les pays de la région, de l’Angola au Burundi, et pourquoi pas à
la Tanzanie aussi, pourraient travailler ensemble, comme nous
l’avons fait en Europe, pour structurer leurs marchés, organiser
des filières agricoles, commerciales et industrielles,
introduire davantage de transparence et de règles, développer
les ressources énergétiques y compris par des micro-projets,
assurer la sécurité alimentaire et sanitaire, faciliter l’accès
à l’eau potable, protéger le patrimoine naturel, bâtir des
infrastructures régionales pour créer de nouvelles opportunités
et multiplier les débouchés.
Il y a tant de richesses à créer ou à mettre en valeur. Cela
suppose de la confiance et ce dialogue structuré auquel j’ai
fait référence. Cela suppose aussi la coopération, qui interdit
la prédation ou l’exploitation. Et je souhaite insister sur ce
point. Le président Kabila a dit que les décisions doivent être
prises à Kinshasa, et nulle part ailleurs. Il a raison ! C’est
aux Congolais eux-mêmes de trouver des solutions. C’est vrai
aussi à l’échelle de toute la région : c’est aux Etats et aux
populations de discuter, et disons-le, de coopérer pour régler
les problèmes et retrouver de la confiance. La confiance, c’est
fondamental. La paix ne peut jamais être imposée de l’extérieur.
Les Congolais ont l’impression que vous cherchez à vous
rapprocher du Rwanda, sur le dos de la RDC, tout en prenant des
distances avec vos prédécesseurs qui ont décidé l’opération
Turquoise en 1994. Qu’y répondez-vous ?
Dois-je vous rappeler que vous êtes le premier pays francophone
du monde ? La France sera toujours aux côtés des Congolais. La
RDC tient une place toute particulière dans le cœur des
Français. Mais je ne peux pas encourager la RDC à dialoguer avec
ses voisins sans que la France le fasse aussi ! Vous avez tout
de même noté que je me suis d’abord rapproché du président Dos
Santos et que j’ai noué un partenariat stratégique avec l’Angola
sur les questions africaines. Et comment pourrais-je aider les
Congolais si je m’abstiens de parler au président du Rwanda ?
Ces polémiques n’ont aucun sens. La France restera toujours
fidèle en amitié. Et la France choisira toujours la voie du
dialogue pour faire progresser la cause de la paix.
Principale victime de l’opération Turquoise, la RDC n’est-elle
pas en droit d’espérer un dédommagement de Paris ?
Il faut regarder la vérité en face. Il faut reconnaître que les
événements innommables de 1994 ont eu de lourdes conséquences
pour la RDC. La crise qui frappe l’Est du Congo depuis des
années a des racines historiques. C’est évident. Mais il faut
dire aussi que ni la France, ni la communauté internationale
n’ont été les instigateurs de l’arrivée des réfugiés hutus
rwandais sur le sol congolais. Ces réfugiés ont fui leur pays et
traversé la frontière de leur propre initiative. La France a
pris le risque d’intervenir quand personne ne bougeait.
L’opération Turquoise, je le rappelle, a été conduite sous
mandat des Nations-unies. La France dans cette affaire n’a pas
agi seule. Elle a agi au nom de la communauté internationale
tout entière. Elle a sauvé des vies humaines en 1994, comme elle
l’a fait à Bunia plus tard avec l’Opération Artémis dont tant de
Congolais se souviennent. La France n’a pas à rougir de ce
qu’elle a fait. Mais, s’il vous plaît, tournons-nous vers
l’avenir.
Votre discours semble signifier que la France a abandonné les
intérêts de la Francophonie au profit des intérêts du monde
anglo-saxon. L’opinion congolaise attendait en effet une
position française favorable à la RDC et se demande désormais si
la France participe au démembrement de la RDC. Quel jeu joue
exactement la France dans les Grands Lacs ?
Mais pourquoi me parlez-vous de démembrement ? Qui a dit cela ?
Ai-je jamais dit une telle chose, si contraire aux positions
constantes de la France ? Je l’ai dit, et je le répète : la
souveraineté de la RDC et l’intangibilité de ses frontières sont
des principes sacrés. Si un pays continuera de se battre pour
garantir leur plein respect, ce sera bien la France.
Je veux que la RDC retrouve en Afrique toute la place qui lui
revient. Cela veut dire un Congo fort, uni, debout et prospère
dans une région stable et apaisée. Un Congo qui se développe du
Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Ne nous voilons pas la face :
cela demandera d’autant plus d’efforts et de détermination que
la RDC est frappée par la crise économique, comme le reste du
monde. Il n’y a qu’une solution possible : il faut se retrousser
les manches, il faut investir dans l’avenir. Et, excusez-moi de
le dire mais c’est une évidence, le Congo a tout à gagner,
aussi, à tisser des liens fructueux avec ses voisins, de
l’Atlantique à l’océan Indien. C’est valable partout ailleurs,
alors pourquoi pas au cœur de l’Afrique !
Lors du sommet de La Baule, le président François Mitterrand
avait posé entre autres préalable à l’aide française au
développement des pays africains, la démocratie, la bonne
gouvernance et le respect des Droits de l’Homme. A vos yeux, la
RDC satisfait-elle à cette conditionnalité ?
La RDC est une jeune démocratie. Peu de processus électoraux en
Afrique, ou ailleurs, sont aussi exemplaires que l’a été celui
de 2006. Il a coûté 450 millions de dollars à la communauté
internationale. Bien sûr, il y a encore de nombreux défis à
relever : lutter contre la corruption, structurer l’armée, la
police, la justice, décentraliser une partie des moyens.
Beaucoup de chemin reste à parcourir. C’est justement parce que
la France souhaite vous accompagner que je viendrai vous rendre
visite très prochainement.
L’un de vos prédécesseurs avait déclaré que pour l’Afrique la
démocratie est un luxe. A ce jour, partagez-vous cette opinion ?
De nombreux dirigeants africains avaient dit la même chose avant
lui mais ce n’est pas le débat. Ma réponse est non ; la
démocratie n’est pas un luxe, c’est au contraire une nécessité.
Je ne suis pas de ceux qui opposent, un peu naïvement,
démocratie et développement. Cela n’a aucun sens. Je ne crois
pas non plus à une quelconque exception africaine. Je suis
également choqué que certains responsables politiques africains
puissent présenter l’exigence démocratique comme une simple
conditionnalité imposée par des partenaires étrangers. Les
Africains, comme tous les autres peuples, veulent élire leurs
représentants. L’aspiration à la démocratie et au respect des
droits de l’homme a été au cœur des luttes pour l’indépendance.
La démocratie est aussi une des conditions de l’amélioration de
la gouvernance. Elle reste la meilleure garante de l’existence
de contre-pouvoirs et de la capacité des administrés à demander
aux gouvernants des comptes de leur gestion.
Je ne dis pas pour autant que l’instauration de la démocratie
est facile, ni qu’elle suffit à régler tous les problèmes.
La RD Congo est à ce jour le premier pays francophone au monde.
Pour quelles raisons la France paraît-elle la négliger,
notamment en ce qui concerne les facilités nécessaires à son
épanouissement culturel ainsi que dans le domaine de la
recherche ?
La Francophonie, parlons-en. Elle nous appartient à tous et
n’est pas la propriété de la France. Savez-vous qu’il y a
quelques semaines, le Congo a dépassé la France comme premier
pays francophone du monde ? Et dans quelques années, vous serez
loin devant ! Nos relations doivent être à la hauteur de ce que
nous partageons.
La France ne néglige pas la RDC en ce domaine. Nous partageons
la même conviction : la culture est l’école de la libre
expression, de la libre pensée, c’est un pilier de la
démocratie. Votre pays est connu pour sa créativité culturelle
et son dynamisme artistique. A Kinshasa, comme à Lubumbashi, les
centres culturels français sont des lieux d’expression
privilégiés des milieux culturels congolais.
Au début de cette année, nous avons lancé un nouveau programme
Francophonie en RDC. Il permettra de relancer l’enseignement du
français à Kinshasa, à Lubumbashi, à Kisangani. Je vous annonce
que nous allons aussi appuyer le développement du réseau des
Alliances françaises tout particulièrement celles de Béni, Bunia,
Goma, Bukavu, Uvira. C’est un vrai choix stratégique.
L’éducation est la clé de l’avenir. Il y a d’autres projets,
mais j’aurai l’occasion d’en parler lors de ma visite.
Quel pourrait-être l’apport de la France dans le redressement
économique de la RDC en cette période de crise financière ?
Il n’y aura pas de redressement sans paix durable. A ce titre,
la France veut continuer à accompagner la RDC sur le chemin de
la paix. Ensuite, il faut un véritable plan de reconstruction
concerté du pays. Pour cela, il faut de grands moyens. La France
ne peut pas jouer ce rôle toute seule. Alors je réfléchis à la
manière de consulter nos grands partenaires pour que nous
puissions tous ensemble aider la RDC à se reconstruire. Et puis
il faudra attirer davantage d’investissements privés. C’est pour
moi un enjeu central. La France veut là aussi jouer tout son
rôle. J’aborderai ces sujets lors de ma visite.
Dans le cadre de son aide à la RDC, que choisirait la France
entre les priorités suivantes : créer des emplois pour venir en
aide aux populations démunies, doter le pays d’une armée
dissuasive, lutter contre la destruction très avancée de
l’environnement ?
Aucune : il faut aider la RDC dans tous ces domaines, et
d’autres encore ! La question n’est pas de choisir une priorité
au détriment d’une autre ; la question, c’est d’être le plus
efficace possible. Je ne ménagerai aucun effort pour convaincre
tous les partenaires internationaux de s’engager avec moi aux
côtés des Congolais. Mais au final, le destin du Congo est dans
les mains des Congolais. L’avenir leur appartient. Et je sais
qu’ils peuvent faire de grandes choses.
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